Damien et Yoann arrivés au bout d’eux même – Classe 40

Sous une moustache savamment travaillée, bourrée d’autodérision, Damien Seguin et Yoann Richomme ont le sourire. Après 24 jours passés en mer, ils sont arrivés aujourd’hui à Itajai, au Brésil, moins de deux heures après SNCF – Géodis. Grâce à une bataille de tous les instants, ils parviennent à prendre la septième place du classement général au détriment de Vaquita qui s’est fait dépasser dans la nuit. « On a attaqué comme des sourds » résume un Damien fier de lui, aussi heureux qu’exténué.Damien et Yoann  Ce dernier duel remporté face aux Autrichiens permet aux hommes d’ERDF Des pieds Des mains de terminer sur une note très positive. L’un comme l’autre visaient le podium mais ils gardent le sentiment du travail bien fait et ont su s’adapter aux pépins techniques rencontrés entre Le Havre et Itajaí. Le plus pénalisant a sans doute été le petit spi, déchiré au large du Cap Finisterre, et dont l’absence s’est révélée criante dans les conditions instables de la deuxième semaine de course. Le système électrique, essentiel à la bonne marche du bateau, a lui aussi souffert avec une double panne de l’hydro-générateur. Après une fuite d’huile, vite résolue, c’est la carte électronique qui a grillée. « Ces deux problèmes n’ont rien à voir l’un avec l’autre, c’est vraiment un manque de chance » explique Damien devenu par la force des choses un spécialiste de l’électronique. Cette panne sur la principale source d’énergie les a contraints à réaliser un véritable exploit : terminer la course sans avoir recours au pilote automatique. Nous seulement les deux hommes y sont parvenus – après avoir un temps songé à faire escale dans le Nord du Brésil – mais ils ont réussi à rester compétitifs comme ils l’ont démontré la nuit dernière. Ce soir, ils sont les premiers hommes à avoir traversé l’Atlantique, en course, sans la moindre goutte d’énergie fossile.

Interview de Damien Seguin :

Comment te sens-tu ?
On est contents de terminer et d’avoir passé Vaquita. Ils nous avaient passé il y a plusieurs jours et hier on a vu leurs feux et nous avons passé toute la journée à vue. On a attaqué comme des sourds hier. On a envoyé le grand spi dans des conditions très limites. C’était fort et avec de la mer, ça pouvait passer ou casser et c’est passé. Il y avait une part de risque car le spi avait déjà bien souffert le reste de la Transat mais on est contents de l’avoir prise.

Il y a de la fatigue après une semaine sans pilote automatique ?
On a poussé loin dans la fatigue. Depuis le Pot au Noir, nous nous sommes peu économisés. On s’est relayé à la barre jour et nuit. Heureusement, les panneaux ont bien fonctionné. Ils nous ont permis de faire tourner l’électronique ainsi que le désalinisateur car nous avons craint un moment de ne pas avoir assez d’eau. On arrive à plat, qu’il s’agisse des batteries ou des bonhommes. On savait que ce serait dur et je ne regrette pas cette décision. C’est dans notre mentalité de toujours attaquer et de ne rien lâcher.

Comment s’est comporté le bateau ?
Cette septième place, elle est décevante mais on est satisfaits de la façon dont on est venu la chercher. Le bateau a été mis à l’eau il y a peu et nous n’avons pas eu de gros problèmes. Maintenant, on sait l’utiliser à 100 % de ses capacités. Cette transat devait justement servir à valider le bateau et j’en suis très content. Sur 5 000 milles, nous avons perdu un spi et nous savons qu’il y a du travail sur le système de safran qui n’est pas au point.

Et au sujet de ton système électrique ?
On a quand même réussi à traverser l’Atlantique sans une goutte de gazole, c’est très positif. Tout aurait pu être parfait si on n’avait pas eu ces problèmes d’hydro-générateur. Aujourd’hui, on ne sait pas les expliquer et le fabricant n’a pas non plus de réponses. Nous avons d’abord eu un problème hydraulique que l’on a réussi à solutionner et ensuite, ça a été la carte électronique qui est à l’intérieur du bateau. Ces deux problèmes n’ont rien à voir l’un avec l’autre, c’est vraiment un manque de chance. Je pense que maintenant, j’ai mon BEP électronique, mais sans la mention !

Comment s’est passée la cohabitation avec Yoann ?
Avec Yoann, tout s’est très bien passé. On a tous les deux été à fond en permanence, sans la moindre rupture dans l’engagement et la communication est toujours bien passée. On s’est soutenus dans les moments difficiles car il y en a sur une transat. J’ai été content de partir une nouvelle fois avec lui, c’est un mec super.

Le niveau a monté chez les class 40 ?
Le niveau est monté d’un cran par rapport à la dernière édition. C’est une nouvelle génération de bateaux, plus rapides et plus exigeants. On est contents du bateau qu’on a et la classe 40 est la seule où il y a toujours du jeu, que l’on soit devant ou pas. La bataille avec Vaquita l’a bien montré, aucun de nous deux n’a rien lâché. On s’est arrachés jusqu’à la dernière seconde. Toutes les places coûtent cher.

Et maintenant ?
Maintenant, on va profiter un peu. Ça a été une transat super humide. Pendant toute la course, l’intérieur du bateau a été une penderie et rien n’a séché. Nous avons vécu dans une humidité et une insalubrité à peine acceptable. L’hygiène devenait limite. D’habitude, dans une transat, tu as des moments de calme où tu peux te reposer, faire des choses. J’avais emmené des magazines et des mots fléchés et je n’en ai fait qu’une seule page !

Interview de Yoann Richomme :
« On a eu l’Autrichien, c’est cool ! Cette dernière nuit a été intense mais c’était bien ! Toute la dernière semaine a été intense et on est contents de terminer sur une note positive. On fait une transat pas trop moche mais le résultat ne nous plait pas beaucoup. Il s’en est fallu de peu et on a pas eu beaucoup de réussite. Ça a été éprouvant car le bateau était tout le temps mouillé. C’est un défaut de jeunesse qui sera réglé mais ça rend la vie difficile. Tout était trempé et il fallait écoper toutes les deux à trois heures. Ça rend les choses compliquées. »

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