Candidats à l’élection présidentielle, engagez-vous pour l’intégration des personnes handicapées par le sport !

La présidente du comité paralympique et sportif français interpelle les prétendants à l’Elysée afin qu’ils portent des mesures concrètes en faveur de la pratique d’activités sportives chez les personnes handicapées, de l’école jusqu’au plus haut niveau.

Par Emmanuelle Assmann, Présidente du comité paralympique et sportif français. Vous trouverez l’intégralité de l’article sur le site de Libération.

L’athlète française Marie-Amélie Le Fur, médaillée d’or aux Jeux paralympiques à Rio sur 400 m. Photo Christophe Simon. AFP

Mesdames, Messieurs les candidats,

S’il y a bien deux sujets qui sont systématiquement absents des programmes et des débats publics, ce sont le sport et le handicap. Alors, en vous adressant cette lettre, en tant que présidente du comité paralympique et sportif français, j’ai bien conscience que je ne mets pas toutes les chances de mon côté pour obtenir une réponse…

Et pourtant. J’aimerais vous convaincre qu’il ne s’agit pas là de «petits» sujets.

Traiter de la question du handicap, c’est accepter de se confronter à l’une des questions centrales de notre époque : comment concilier l’égalité et la différence ? La République est invoquée, convoquée, si souvent dans les discours politiques, alors même que nous avons manifestement tant de mal à en assurer la réalisation concrète… Nous voulons voir l’égalité, nous voulons la toucher, pas seulement en entendre parler ! Nous voulons savoir vers quelle société vous nous proposez d’aller. Une société qui vous met au ban dès lors que vous n’êtes pas en pleine capacité physique et intellectuelle ? Une société que l’altérité met mal à l’aise et qui préfère occulter nos différences ? Ou une société qui retrouve le sens de la fraternité, et qui se donne systématiquement les moyens d’inclure ses citoyens à l’ensemble de la vie sociale ?

Et si vous êtes prêts à vous engager dans cette voie, comment comptez-vous le faire ? J’ai pour ma part la conviction que pour réussir ce défi de l’intégration, le sport est un vecteur formidable. Il est un catalyseur de confiance en soi. Pour l’avoir vécu moi-même, le sport est un outil à nul autre pareil de réassurance après un accident. Vous reprenez possession de votre corps, de votre nouveau corps. Vous pouvez par le sport en éprouver les limites, et surtout les repousser. Les sportifs du mouvement paralympique, qu’ils aient un handicap physique ou mental, m’ont souvent rapporté des expériences comparables. La pratique sportive permet non seulement de se sentir bien mais aussi d’élargir le champ des possibles, et donc de prendre conscience de son potentiel.

Pour ceux qui poussent la performance jusqu’au haut niveau, le sport est une porte d’accès à la reconnaissance. Là où le handicap est habituellement perçu comme un déficit, et les personnes handicapées comme des «citoyens moins», les athlètes paralympiques participent à la fierté nationale. Ils démontrent que l’exploit se conjugue au pluriel, que la performance peut revêtir bien des formes. Ils donnent du handicap une autre image, plus familière, plus positive et contribuent ainsi à faire évoluer les mentalités. C’est un honneur pour ces sportifs de porter les couleurs nationales et d’être soutenus par leurs compatriotes. Mais c’est aussi l’honneur de la France que d’être représentée au plus haut niveau, en l’occurrence sportif, par des personnes handicapées et de démontrer ainsi que la capacité prévaut sur le handicap, que la diversité fait la performance. Le sport véhicule des valeurs, des représentations, et quand il se déroule sous l’œil de millions de spectateurs et téléspectateurs comme c’est le cas des Jeux olympiques et paralympiques, alors nous devons collectivement nous poser la question : quelle image voulons-nous donner de nous-mêmes dans le monde ?

Mesdames, Messieurs les candidats,

Considérant ces vertus du sport pour l’intégration des personnes handicapées, seriez-vous prêts à vous engager ? Vous engager notamment pour que, dès l’école, les enfants en situation de handicap soient encouragés à pratiquer une activité sportive ? Trop d’enfants n’ont pas accès à une offre de pratique adaptée à leur capacité, et cette exclusion a des effets durables. Si l’on veut réussir l’intégration, c’est sur cet âge qu’il convient de se concentrer.

Qu’il n’y ait pas de malentendu : je ne suis pas dans une démarche de lobbyiste ; je ne suis pas en train de défendre une corporation. Ma revendication n’est pas catégorielle, elle est tout au contraire universelle. La campagne officielle débute. Au lendemain du premier débat électoral, je m’interroge sur la manière dont vous estimez que la France peut se rassembler dans le respect des différences qui la composent.

Je n’ai pas l’habitude de prendre la plume. Je le fais exceptionnellement car je suis un peu inquiète, et qu’en même temps, j’ai encore envie de croire à une société où la diversité est considérée comme une richesse.

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